« Jérôme Brézillon, du train où vont les choses » par Dominique Poiret – Libération

(…) Après la Filature de Mulhouse, une vingtaine de clichés de la série On Board de Jérôme Brézillon s’exposent sur les murs de la galerie parisienne Sit Down. C’est à bord d’un train que le photographe a sillonné les Etats-Unis, le pays qu’il aimait le plus au monde, pendant près de deux ans. Il a effectué de cette façon, atypique au pays de la voiture, deux voyages, en 2010 et 2011, et s’apprêtait repartir lorsqu’il a disparu prématurément en mars 2012, à 47 ans. Jérôme Brézillon avait beaucoup collaboré avec la presse quotidienne ou les magazines français, notamment pour Libération, Télérama, et les Inrockuptibles.
Ces photos sont aujourd’hui exposées et rassemblées dans un livre que Jérôme Brézillon n’a jamais vu achevé. Marie Moscoso, qui s’est occupé de la coordination éditoriale de l’ouvrage, souligne «qu’il était passionné par les livres qu’il adorait collectionner», et qu’il souhaitait qu’On Board soit publié (…).

Lire l’article de Dominique Poiret dans Libération :
http://www.liberation.fr/photographie/2014/05/20/jerome-brezillon-du-train-ou-vont-les-choses_1022178

A la fin de l’article on trouve une playlist de morceaux choisis par Jérôme à écouter « on board ».

«On Board», 2010-2011. (Photo Jérôme Brézillo.Courtesy galerie Sit Down)

«On Board», 2010-2011. (Photo Jérôme Brézillo.Courtesy galerie Sit Down)

Fast food

J’ai oublié les noms de ceux dont nous avons fait le portrait ensemble,  mais pas le temps partagé, parfois chronométré dans des appartements ou des bureaux qu’il inspectait pour trouver son décor pendant que j’entamais mon interrogatoire.

Je n’ai pas oublié le toit rouge d’un fast-food dans la neige.

Cette photo de Jérôme,  je l’avais découverte alors qu’il exposait au Web bar,  une des cantines de Libé.  C’était un bout d’Amérique,  terre d’évasion pour lui comme pour moi.  Je lui avais promis de la lui acheter un jour.  Chaque fois que je le croisais,  je lui en parlais.  Il souriait.  Mais je le ferai.

Judith Perrignon

Stand Art Life ©Jérôme Brézillon

Stand Art Life ©Jérôme Brézillon

Gordon Strachan par Didier Arnaud

Avec Jérôme, on a souvent collectionné les plans pourris. C’était en 1997. Direction le 93. Une balle perdue d’un rédacteur en chef : « T’irais pas faire l’islam des caves à Montfermeil »?

On ne connaissait rien à l’islam. On ne connaissait rien aux caves. Résultat : deux caves qui rament sur l’islam. De toutes manières, une fois sur place, c’était toujours la même rengaine : des gens qui nous voient arriver de loin. Et personne pour parler. Même de près.

J’aimais bien quand le service photo disait :

« C’est Brézillon qui part avec toi ».

Ca me rassurait. On allait à BM en banlieue. On garait la moto. J’étais confiant : Jérôme avait des bottes, les cheveux qui flottent, l’air assuré de celui qui ne va pas s’en laisser conter. Même pas peur des menaces, même pas peur des ados qui roulent des mécaniques, à dix, courageusement, pour demander

« Qu’est-ce que vous faites ici, vous voulez quoi? »

Jérôme arborait le même air étonné.

Et ça les désarmait. Il allait au contact. Et toujours, on riait.

Sur le terrain de foot, aussi, Jérôme courait plus qu’à son tour au devant des emmerdes. C’était il y a longtemps, nous nous disputions un ballon, avec Raymond coach, Larbi, Renaud, Manu, et d’autres.

Dans l’équipe d’en face, un connaisseur croyait avoir trouvé en Jérôme un clône de Gordon Strachan. Personne ne connaissait Strachan, et surtout pas Jérôme. Strachan, footballeur international écossais des années 80. Chevelure rousse ébourriffée. Sérieusement capé dans les années 85. Bel abattage.

Jérôme courait dans tous les sens, s’étonnait quand il faisait une faute, et le type, en face, gueulait de toutes ses forces :

Hey! Gordon!

Et Gordon (Jérôme) était prêt à sortir le bourre-pif.

Strachan? Allez voir ses photographies sur Google. Ca vous dira quelque chose, en tout cas cette chose : une belle aptitude à l’auto-dérision, délicate politesse des grands.

Il y a même un condensé de ses bons mots à l’adresse des journalistes qui l’ont côtoyé. Après (ce qu’on imagine être) une défaite, voilà ce que répond Strachan à son interviewer:

« J’ai essayé d’extirper cette déception de ma cervelle en allant marcher un peu dehors. Je me suis finalement retrouvé à dix sept miles de chez moi. J’ai été obligé d’appeler ma femme Leslie au téléphone pour qu’elle vienne me chercher ».
J’ai plus envie d’aller à Montfermeil.

Didier Arnaud est journaliste à Libération

Paris-Roubaix par Jean-Louis Le Touzet

Paris Roubaix 1999, au lieu dit bar de l’ Allumette, Bouvines, croisement de la route de Gruson.

Jérôme est parti de Paris sur sa Béhème pour rejoindre Bouvines. On se retrouve comme convenu au bistrot de l’ Allumette à attendre les premiers au km 253. Des histoires de bistro, de cyclos et de dopage : c’est le sujet. On rit car une dame vient de ramasser son mari et deux potes qui reviennent d’une sortie cylo matinale. Ils sont en tenue et commencent à être bien amochés car au zinc depuis onze du mat’  Elle dit ça suffit. Les mecs renâclent, mais montent dans la voiture, la démarche pas assurée qu’on mettra sur le compte de leurs godasses auto-bloquantes. Et les vélos? mâchonne l’un. Vous viendrez les rechercher demain, dit sèchement la dame qui repart en direction de Gruson.

Andrea Tafi de la Mapei a fait le trou. Il va passer en tête, dit radio-tour Les bagnoles des suiveurs annoncent Tafi dans moins de 30 secondes. Jérôme se met derrière la vitrine du bistrot et déclenche à travers le logo Leffe quand passe Tafi. Six mecs sont assis sur des chaises en plastiques.Trois se tiennent debout. Il fait beau et sec. Tafi a la socquette facile. Il vole C’est la photo qui sera publiée dans Libé. Dans six bornes c’est l’arrivée sur le Vélodrome. Trois Mapeï dans les trois premiers, dit la radio. On se dit tous les deux que le dopage ça a du bon quand même et on se prend une bière pour la route. Mais rien qu’une, hein : lui a de la route et moi le papier sur le feu. Je mets au boulot au fond du bistro, coincé entre le radiateur et le baby Bonzini. Jérôme m’a donné trois jours plus tard cette photo de ce mec qui tape avec un casque anti-bruit dans un bistro de Bouvines. Le tirage noir et blanc ne m’a jamais quitté. Il est dans mon tiroir. Un jour je retournerai à Bouvines rouler et pour boire la deuxième tournée qu’on n’a jamais bue.

Jean-Louis Le Touzet, Libération

L&J ©b.charoy

Tribute to Jérôme Brézillon par Brigitte Ollier

Brigitte Ollier, journaliste à Libération, rend hommage à Jérôme sur son blog.

Lire Tribute to Jérôme Brézillon

Un jour d’automne, à Dunkerque. Jérôme Brézillon paraît venir d’une autre planète avec son visage confiant et cette chevelure digne du temps de la comtesse de Ségur, une beauté transparente qui convient aux hommes tranquilles. Il ne se prend pas au sérieux, il est là pour photographier William Eggleston pour un journal, peut-être un hebdomadaire spécialisé, musique ? William Eggleston n’apprécie guère d’être photographié, mais Brézillon tient bon d’autant qu’il n’est pas le seul photographe, c’est la règle du jeu, il faut sans cesse trouver sa place, dur métier. (…)
Brigitte Ollier

Best regards, le site de Brigitte Ollier

Jérôme Brézillon

Libération : « Jérôme Brézillon, un œil de Sioux se ferme » par Gérard Lefort

Le photographe Jérôme Brézillon, né le 23 juin 1964, est mort des suites d’un cancer dans la nuit de jeudi à vendredi. Il était de longue date un bon compagnon de route de Libération. Par exemple et pour mémoire, au festival de Cannes en mai 2007, où ce fut un vrai plaisir de le côtoyer, acharné au travail, jamais content de lui (ce qui est toujours très bon signe), gars faussement rustaud car cœur tendre évidemment, faussement taciturne aussi, car toujours sur la brèche d’une blague (notamment au téléphone, où il était champion pour mimer la colère). (…)

Lire l’article dans Libération

Capture d'écran de Libération du 3 et 4 mars 2012

Capture d’écran de Libération du 3 et 4 mars 2012

 

Libération Next : « Jérôme Brézillon, dure évasion »

Nous lui avions confié en 2001 à l’occasion des élections municipales la difficile mission de photographier tôt un arrondissement de Paris chaque jour. «Paris se réveille» était ainsi immortalisé par des poulets de la rue de Bretagne, une ombre furtive boulevard Saint-Germain, ou un tuyau suspendu au dessus de la Seine dans le IVe arrondissement. De quoi dérouter un journal qui pourtant en a vu d’autres. (…)

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Série On Board. 2011 - Photo Jérôme Brézillon

Série On Board. 2011 - Photo Jérôme Brézillon