La Lettre de la Photographie rend hommage à Jérôme

La Lettre de la Photographie.com du 05.03.2012

(…) Son amitié surtout: elle était d’une telle clarté, franche et entière. Jérôme laisse une oeuvre photographique inachevée. Celle ci s’est construite surtout en Amérique, comme si la France trop petite manquait de perspectives et de souffle pour un homme tel que lui, épris des grands espaces, l’Amérique des grands mythes fondateurs, des tribus indiennes qui sous son regard reprenaient toute leur dignité, des autoroutes interminables et des motels sans qualités.

Lui même, tel un personnage de John Ford n’était jamais aussi heureux qu’au volant d’une de ces merveilleuses voitures à la découverte de l’Amérique profonde.

Pour son dernier projet qu’il n’a pu terminer , il a choisi de prendre le train sillonnant tout le pays à deux reprises, photographiant de sa fenêtre le pays tant aimé: On Board ! (…)
Denis Darzacq

« Ce matin j’ai recherché des photographies de Jérôme que j’avais prises en plein désert entre Tucson et El Paso, en 2001. Jérôme faisait des photos à El Paso. Je faisais des photos à Tucson.
3 semaines plus tôt , à Paris, nous nous étions donné rendez vous à mi-chemin, à Rodéo , au milieu de nulle part, à la frontière du Mexique. Nous avions fixé une date et une heure précise : midi au bar. Aucun moyen de se contacter, il fallait être là. Rodéo est juste une étape avec un saloon, une station service et une épicerie. Quelques maisons… et rien.

J’arrive au saloon, Jérôme est au bar. Il est arrivé 20 minutes avant moi. « Qu’est ce que tu prends ? Une Bud ? « . Le propriétaire du bar nous a hébergé. Nous sommes restés 2 jours. 2 jours extraordinaires. Nous avons roulé sur les pistes en faisant le plus de poussière possible, en écoutant Johnny Cash et en rigolant. Nous avons fait des photos et nous sommes repartis chacun de notre coté.
Patrick Messina

Jérôme Brézillon, Nouveau Mexique USA, 2001 © Patrick Messina

Jérôme Brézillon, Nouveau Mexique USA, 2001 © Patrick Messina

(…) Jérôme était un personnage singulier, brut, extraordinairement entier, qui nous saisissait de son regard et de son sourire pétillants d’ironie et de tendresse, nous attirait dans sa quête insatiable et émouvante des « lieux de vie où il n’y en a plus », de la vie à l’œuvre derrière le décor et le théâtre du monde : la beauté du vide des grands espaces américains et de sa « Stand art life », l’errance et le désir de souveraineté des indiens Sioux Lakotas, le doute des bourreaux de l’Oklahoma, Huntsville et son décor parfait de la peine de mort, l’esthétique des vieilles bagnoles américaines, le train et son panorama sur le réel…

« Je fais juste de la photographie par plaisir, je me promène et je fais des paysages. J’ai un billet aller-retour et pendant ce moment je roule, je m’arrête, je fais des photos, je roule, je m’arrête, je fais des photos, je n’essaye pas de raconter quoi que ce soit, j’évite juste les grosses villes et les gens, c’est à peu près tout. Mon but c’est un peu de me perdre. J’aime bien ces lieux de vie, quand il n’y en a pas. Ce sont des endroits où je suis bien avant tout, je prends du plaisir à cadrer, je prends du plaisir à attendre la lumière. J’aime bien quand les lumières se mélangent, la lumière du jour et la lumière urbaine. Je suis là mais je suis presque plus spectateur qu’autre chose. Ce qui m’intéresse c’est d’être seul, c’est presqu’une fiction, comme un décor et je me promène dans ce décor, et tout ça, vide, c’est juste beau. » (…)
Séverine Morel

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