Embarqué…

Avant de connaître Jérôme, j’ai connu Jacky, son père. J’aimais déjà son travail aussi. Notre rencontre s’est faite dans un bar à Strasbourg, par hasard. Il venait faire des images pour un cahier spécial villes de Libé et ne trouvait pas son contact sur place.
Je lui ai proposé de l’accompagner et de lui montrer mes « coins ». Il a grimpé dans ma voiture, ça a duré deux jours, mais c’est seulement aujourd’hui que je réalise à quel point c’est lui qui m’a embarqué dans son histoire.
Puis nous nous sommes revus, nous avons échangé, par mail, au téléphone. Nous parlions de tout, d’images beaucoup, de musique bien sûr, des voyages et toujours il m’encourageait à avancer, plus loin, à faire les choses…
Il y a ce jour aussi ou il m’appelle pour me dire qu’il a acheté une maison à la campagne et il tarde à me dévoiler l’endroit, persuadé que je ne connaîtrai pas. Mon copain François habite à quelques centaines de mètres de là!!
Dieu sait si c’est perdu au milieu de nulle part cet endroit, mais l’horizon y est dégagé à perte de vue dès qu’on s’éloigne du bourg.
Je les fais se rencontrer, évidemment le courant passe (fallait en tenir une sacré couche pour ne pas l’apprécier).
Avec François on a le même béguin pour les bécanes anglaises. On était sur le point de l’avoir le père Jérôme…il n’avait d’yeux que pour la Triumph Bonneville que François remonte dans sa grange, une vraie d’époque.

Sur la photo, il est tout en haut, à gauche…les pieds calés bien au sol, debout sur le bord du monde, face à la lumière, sa lumière, omniprésente.
Elle était là lundi, sa lumière…

Salut copain.

Toutes mes pensées à toi Doris, à vous, Lazare, Joseph et Vadim, à vous la famille, les amis.

Dorian

Jérôme janvier 2005

Jérôme janvier 2005 @Dorian Rollin

RIP J.B.

« J’ai connu Jérôme B. quand il officiait avec grâce dans l’éphémère quotidien Le Jour. On était dans les 90’s. Il me reste le souvenir indélébile de nos 2 escapades au service psychiatrique de l’hôpital Saint-Antoine. L’écrivain de romans noirs J.-P. Manchette s’y était fait volontairement enfermé ( chez les fous  » légers  » comme il avait aimé à le préciser ). De mes entretiens avec cet homme, Jérôme a tiré, je crois, les derniers & magnifiques portraits  » officiels  » de celui que je continue de considérer comme l’un des meilleurs écrivains du XXè siècle. Et je garde précieusement l’image du trio composé de Jean-Patrick Manchette, de son épouse Melissa & de ma pomme. Rien que pour ça, je dois beaucoup à Jérôme Brézillon… »

Jean Songe

Jean-Patrick Manchette ©Jérôme Brézillon

Jean-Patrick Manchette ©Jérôme Brézillon

Jean-Patrick Manchette ©Jérôme Brézillon

Jean-Patrick Manchette ©Jérôme Brézillon

Jean-Patrick Manchette

So long

Good morning—our special thoughts continue going in your direction.  I’m sure it’s been a long and hard weekend for all of you who are Jerome’s friends.  His book is out in full view and we’re looking at it again and again.  What a personal loss for all of you…but those photos will be his lasting legacy–now more a treasure than ever.  We considered it a privilege to have him in our home on his cross country adventures…sharing Chicago and knowing him, though briefly.  We appreciated seeing him in Paris and meeting his family which only strengthened our friendship.  Thank you for arranging those times together.

Richard and Susan Mann

(Mes beaux parents ont accueilli Jérôme a plusieurs reprises lors de ses derniers voyages en train aux États-Unis. C’était pratique, ils habitent en face de la gare de Glenview, en banlieue de Chicago. Mon beau père, grand amateur de trains, n’attendait qu’un seul mot de Jérôme pour sauter « on board ». Il allait lui chercher les différents itinéraires et horaires et attendait son retour et ses récits de voyageur solitaire.)

Canada 2003

Je me souviens d’énormes éclats de rire, mélés d’une grande interogation, lorsque françois D. nous pourrissait systématiquement chaque plan, en jettant un bout de bois sur chaque plan d’eau qui se présentait à nous… et au Canada ça ne manque pas.

Le jeté du bâton (video)

Des mots pour Jérôme

Sarajevo 1992, la petite maison que je louais à Logavina, face aux canons serbes posés sur le mont Trebevic. Tu venais souvent, huit jours, parfois plus, avec ton Leica en bandoullière. J’étais journaliste envoyé pour 15 jours « couvrir » le siège, je suis resté six années. Tu passais, tu dormais dans l’un des canapés et tu m’appelais « schkreu schkreu schkreu » parce que la nuit ma petite radio faisait un peu ce bruit-là lorsque je tentais de capter France Inter et l’étrange mais belle voix de Macha Béranger. Tu parlais au matin en ville, photographier les ombres, les sourires, les mouvements douloureux de Sarajevo prisonnière, pilonnée, résistante. De très beaux portraits comme ce gamin découvert dans un pigeonnier qui nourrissait les oiseaux tétanisés par la mitraille. Tu lui ramenais du chocolat mais aussi des graines pour ses pigeons achetés dans un supermarché parisien. Nous avons fait ensemble ce livre « Sarajevo, ville captive », tes photos, mes textes. Tu étais si heureux lorsque l’on a signé ensemble à Paris le contrat d’édition. Ta dédicace sur le livre pour moi, qui aujourd’hui en la relisant me tire une larme. Puis il y a eu ce mot de Raymond Depardon qui te disait beaucoup aimer cet ouvrage. Je me souviens de tout cela Jérôme. Lundi, je suis venu depuis Genève pour être auprès de toi avec tout ce monde qui t’aime. Je vais bientôt retourner à Sarajevo dire aux gens que nous avons connu ensemble que tu n’es plus tout à fait là, mais jamais loin.

Christian Lecomte

Sarajevo @Jérôme Brézillon

Sarajevo @Jérôme Brézillon

Le promeneur du lundi

Je me souviens de ce petit appartement sous les toits, rue Coquillière, que je partageais avec Jérome. Il y avait un vasistas au plafond par lequel, les beaux jours (ou plus souvent les belles nuits) nous sortions parfois nous allonger sur le zinc en griller une, souvent accompagnés d’une bonne bouteille. Parfois même nous nous aventurions « dans les rues voisines », accrochés aux cheminées nous revisitions notre quartier, comme même Arthus-Bertrand ne le verra jamais…

Lundi 12. Avant de me rendre au Père Lachaise, je passe à Libération livrer mes photos. Puis je monte à la terrasse fumer une cigarette, lorsque je vois cet homme surgir de derrière un mur et se mettre à traverser l’immeuble d’un pas assuré le long de la mince arrête de zinc. Une fois passée la rangée de cheminées, il disparut derrière le toit opposé, sans doute par un vasistas ouvert.

Voilà. Jérôme venait de me dire au revoir, et là le vide entre nos toits.

Le promeneur du lundi ©B.Charoy